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Article: Sold a Story : pourquoi tant d’enfants peinent-ils à apprendre à lire ?

Sold a Story : pourquoi tant d’enfants peinent-ils à apprendre à lire ?

Sold a Story : pourquoi tant d’enfants peinent-ils à apprendre à lire ?

Par Monique Guy

Source : Sold a Story, enquête d’Emily Hanford — https://features.apmreports.org/sold-a-story/


Résumé global du balado Sold a Story et commentaires sur la situation au Québec :  La persistance d’une méthode d’enseignement inadéquate

Pourquoi certains enfants ont-ils tant de difficulté à lire ?

De nombreux parents s’interrogent et s’inquiètent. Leurs enfants peinent à lire, même ceux qui fréquentent des écoles réputées. La pandémie a permis à certains d’entre eux d’assister aux leçons présentées à leurs enfants en virtuel et de réaliser la source du problème. La même constatation en résulte souvent : leur enfant ne sait pas lire, même s’il est capable de lire un livre. Comment est-ce possible ?

La méthode de lecture par contexte remise en question

En consultant divers sites sur Internet, ils ont pu réaliser que la méthode utilisée à grande échelle dans leur pays ainsi que dans d’autres pays (dont le nôtre), essuie de nombreuses critiques. Cette façon d’apprendre à lire aux enfants ne repose que sur très peu d’études, est loin de donner les résultats escomptés et surtout, ce qui est très préoccupant, elle s’oppose depuis des décennies aux données probantes de la science.

De plus, les quelques rares études favorables à la méthode employée sont financées par des groupes intéressés : promoteurs, auteurs, conférenciers et éditeurs qui tirent profit de sa diffusion.

Méthode phonétique ou lecture par indices : quelles différences ?

Qu’en est-il de ces 2 méthodes ? Pour simplifier on pourrait les appeler « apprentissage phonétique » et « méthode de lecture par contexte ».

Pourquoi l’apprentissage des lettres et des sons est-il essentiel ?

De très nombreuses études universitaires ont clairement démontré que l’apprentissage des lettres et des sons est indispensable pour permettre aux enfants d’acquérir les bases nécessaires pour accéder à un niveau de lecture adéquat. La méthode par contexte appelée aussi méthode par indices repose plutôt sur une approche où l’enfant doit deviner le mot à lire en se basant sur la première lettre et sur l’allure du mot, sur l’illustration qui l’accompagne et sur le contexte. On devine le mot plutôt que d’en analyser les composantes.

Le plaisir de lire peut-il remplacer l’enseignement du décodage ?

L’intention de cette deuxième méthode, c’était de permettre à l’enfant d’accéder rapidement au plaisir de la lecture. Pour atteindre ce but, on lui fournit un matériel attrayant et un environnement très invitant dont un petit coin confortable où savourer son plaisir.

Ce furent d’ailleurs ces éléments qui attirèrent l’attention des institutions scolaires, soucieuses de rendre l’apprentissage plus attrayant pour les enfants. Il faut dire que le matériel de la méthode phonétique avait entre-temps très peu évolué et présentait un visage plutôt austère, sinon rébarbatif. Le débat s’est fortement politisé quand George W. Bush s’en est mêlé. Dès le début de son mandant, il a fait de l’apprentissage de la lecture une priorité nationale, en appuyant la méthode phonétique. (C’est d’ailleurs dans une école où il était en train de préconiser son programme et cette méthode qu’il a été informé des attentats contre le World Trade Center.) Cet appui politique a malheureusement nui à la méthode phonétique, aux yeux de plusieurs éducateurs.

Emily Hanford et l’enquête Sold a Story

Emily Hanford, une journaliste spécialisée en éducation, s’est intéressée à la question des méthodes d’apprentissage de la lecture. Elle cherchait à comprendre pourquoi, malgré les études largement diffusées, la méthode jugée néfaste était toujours en vigueur. Après de multiples analyses, lectures et enquêtes, elle a publié plusieurs articles et produit un balado sur la question.

Quand les enseignants remettent en question leurs méthodes de lecture

Tout comme les parents, des enseignants avaient réalisé qu’il y avait un problème. Au lieu de blâmer les enfants pour leur inaptitude à apprendre à lire, ils avaient compris que c’était la méthode qu’il fallait d’abord mettre en cause. Les doutes qu’ils avaient osé exprimer auparavant avaient été rejetés d’un revers de la main et ces éducateurs étaient souvent considérés comme des parias.

Les réactions des parents à l’enquête Sold a Story

La diffusion du balado Sold a Story a entraîné diverses réactions. D’une part, de nombreux témoignages affirment : « Je le savais, je l’avais dit. » et de l’autre, ce qui est encore plus douloureux : « Je ne savais pas qu’on m’avait, pendant toutes ces années, fait enseigner (ou qu’on m’avait enseigné) la lecture avec une méthode inadéquate. »

De très nombreux parents, éducateurs, responsables de l’éducation, adultes ayant également des problèmes de lecture et même des enfants, sans parler des chercheurs, ont témoigné de leur opposition à cette méthode en très grande partie responsable de leurs propres difficultés à lire, ou de l’échec de tout le système d’éducation américain dans sa mission première qui est d’apprendre à lire aux enfants de façon adéquate et efficace.

Marie Clay, Fountas, Pinnell et Lucy Calkins : les figures de la controverse

Marie Clay, l’initiatrice de la méthode, de même que ceux et celles qui l’ont fait évoluer ou qui en ont fait la promotion, surtout Irene Fountas, Gay Su Pinnell, Lucy Calkins et la maison d’édition Heinemann, ont poursuivi leur lancée initiale, malgré les résultats des recherches scientifiques. Ces dernières ont tout au plus accepté récemment d’améliorer leur approche en y insérant quelques éléments de phonétique, à laquelle elles ont ainsi accordé une certaine validité, malgré leur réticence.

Comment l’enseignement de la lecture a-t-il évolué aux États-Unis ?

Même si les institutions scolaires ont une grande autonomie, certains états, soucieux d’offrir l’apprentissage le plus efficace de la lecture et désireux de dépenser les deniers publics de la façon la plus adéquate, ont banni cette méthode de leur système d’enseignement. La méthode continue malgré tout d’être largement utilisée aux États-Unis et dans nombre de pays anglophones. Elle a même été traduite dans plusieurs langues. Ce qui aggrave encore la situation, c’est que la version française utilisée au Québec, est calquée sur l’anglais d’origine et qu’elle ne tient donc pas compte des particularités du français.

Pour aller plus loin : les six épisodes de Sold a Story

Retrouvez les comptes rendus détaillés de Monique Guy pour approfondir chaque étape de l’enquête d’Emily Hanford. Les liens vers les articles du blogue seront ajoutés après leur publication.

Épisode 1 — Le problème

Pourquoi des enfants qui fréquentent l’école peinent-ils encore à lire ? L’enquête part du constat de parents qui découvrent les limites de l’enseignement reçu par leurs enfants.

Épisode 2 — L’idée de base

Retour sur les origines des méthodes de lecture par contexte et sur les idées de Marie Clay, qui ont influencé l’enseignement de la lecture.

Épisode 3 — La lutte

Comment la lecture guidée s’est-elle imposée malgré les recherches sur l’apprentissage des sons et des lettres ?

Épisode 4 — La superstar

L’épisode examine l’influence de Lucy Calkins et la place de ses ouvrages dans la formation des enseignants.

Épisode 5 — La compagnie

Le rôle de l’éditeur Heinemann et des intérêts commerciaux dans la diffusion de certaines méthodes de lecture.

Épisode 6 — La prise de conscience

Face aux critiques et aux résultats de la recherche, des acteurs du milieu scolaire remettent leurs pratiques en question.

Les épisodes bonus — Réactions et suites de l’enquête

Parents, enseignants et chercheurs réagissent à Sold a Story. Les épisodes bonus abordent aussi les critiques de l’enquête et les défis liés aux changements de méthodes.

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